Editorial

L’éveil de la nature et réflexions sur cette période de confinement

 

En ce printemps durant lequel les populations humaines sont confrontées au COVID-19, le confinement permet à la nature de reprendre ses droits. En montagne, les espèces animales réinvestissent les espaces qui depuis l’extension du tourisme leur était devenues inaccessibles.

La fermeture des stations, l’interdiction de partir en montagne afin de pratiquer nos activités favorites et le confinement rouvrent les itinéraires délaissés par la faune comme à Artouste dans le Béarn, où des traces du passage d’un ours sur une piste de ski ont été repérées. Elles ne sont pas les seules, isards et renards profitent de cette période de calme pour réinvestir les lieux.

Depuis Descartes, les espèces animales sont considérées par l’homme comme des machines dénuées de toute sensibilité et pire, les animaux domestiques sont considérés comme des biens mobiliers. En  2015 la loi change et l’animal est enfin reconnu comme « un être vivant doué de sensibilité ». Depuis des siècles l’homme s’octroie la toute-puissance sur  notre planète. « Créé à l’image de Dieu », il considère que la Terre et sa biodiversité ont été mises à sa disposition pour satisfaire tous ses besoins. De nos jour l’empreinte  humaine est portée à son comble avec le développement des loisirs dits de pleine nature qui se traduisent souvent par une sur-fréquentation de tous les milieux (stations touristiques et diverses activités sportives de plus en plus prisées par des citadins en mal de nature et d’efforts). Ce développement  laisse peu de place aux espèces sauvages et participe que nous le voulions ou non, à leur raréfaction.

Mais le mal pour la santé humaine est ailleurs, agriculture et élevages intensifs, exploitations minières, pollutions, destruction des forêts, pénétration dans les milieux sauvages et guerre menées contre les prédateurs et charognards grands nettoyeurs et destructeurs de pathogènes sont la source de bien des problèmes. Les nouveaux virus tels les HIV, H1N1, SRASS, H5N1, Ebola, et aujourd’hui COVID-19, qui émergent via une promiscuité avec la faune sauvage dont les habitats se réduisent comme peau de chagrin,  marquent l’entrée de l’humanité dans une nouvelle ère avec l’apparition de pandémies dont la dernière, la plus transmissible, nous ramène à la grippe espagnole qui a suivi la première guerre mondiale. Les spécialistes démontrent qu’une nouvelle maladie infectieuse  apparaît tous les 5 ans ! Malheureusement depuis le début du XXIe il semble que le pillage systématique des ressources planétaires s’accélère, les échanges entre tous les pays deviennent de plus en plus nombreux facilitant par là même la diffusion des virus.

La domination de l’homme sur la nature et la destruction de cette dernière ne peuvent qu’apporter malheurs individuels et faillites de nos économies. Il serait sage que les humains acceptent enfin l’idée qu’ils font partie d’un environnement naturel au même titre que n’importe qu’elle espèce qu’elle soit animale ou végétale. Les peuples autochtones, qui ont conservé leurs traditions ancestrales, savent qu’un équilibre entre la nature et leurs activités est indispensable à leur survie. Ces peuples méprisés par certains montrent le chemin de la sagesse.

Ce corona virus nous fera-t-il comprendre que, sans une préservation et un respect de cet environnement, nous mettons en péril nos sociétés ? Accepterons-nous enfin de considérer que tout le vivant appartient au même cycle de vie que nos petites personnes ? Accepterons-nous de préserver l’équilibre naturel de la nature afin de retrouver une agriculture harmonieuse et saine ? Accepterons-nous de moins consommer afin de moins polluer ? Accepterons-nous de payer un peu plus cher des produits indispensables (médicaments, matériel de protection et autres…) afin d’en rapatrier la production dans nos pays ? Accepterons-nous de faire quelques sacrifices afin de donner aux générations futures une chance de vivre dans de bonnes conditions ?

Ce confinement devrait nous permettre de réfléchir aux bienfaits apportés par une réduction drastique des trafics routiers et aériens et aux moyens de les pérenniser. Puisse-t-il nous faire prendre conscience qu’il nous faut modifier nos modes de vie et notre système économique basé sur le profit au détriment du bien commun.

Un long chemin reste à parcourir, l’avenir nous dira dans quelle direction nous nous orientons et déterminera l’avenir de l’humanité et de la biosphère.

Pour en savoir plus sur la chute de la biodiversité vous pouvez lire la Lettre du Milieu Montagnard n°62 « Point sur la biodiversité en montagne » sur le site de la FFCAM, onglet Milieu montagnard  puis  dans le menu de droite Lettre du milieu montagnard

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Agnès METIVIER